Pierre The Motionless : « une sorte de mariage »

Ils sont dans notre compilation anniversaire. Vous avez peut-être déjà craqué pour leur nouvel album, Tap Water. Swordplay and Pierre the Motionless arrivent sur le devant de la scène pour dévoiler un hip-hop pas assez hip-hop pour s’appeler hip-hop, mais pas assez pas hip-hop pour ne pas s’appeler hip-hop. Compris ? Pour mieux cerner le projet, nous avons posé quelques questions à Pierre the Motionless. Sur Désimposture.
Swordplay & Pierre the Motionless

Vous avez sorti par le passé un album avec  Motionless. Aujourd’hui, place à cette collaboration avec le rappeur américain Swordplay, rencontré en 2007. Pourquoi se lancer dans cette aventure tout en conservant la trace de votre groupe ?
Motionless, ce n’est pas terminé. On vient de commencer à travailler sur un deuxième album. C’est un projet parallèle. Et si j’ai utilisé Motionless dans les deux, c’est simplement que j’avais déjà ce nom dans mon projet solo antérieur au groupe. Quand mon projet en solitaire s’est transformé en projet de groupe, je ne voulais pas perdre la notion de Motionless. C’est donc devenu le nom du groupe et mon projet solo s’est transformé en Pierre The Motionless.

Cinq ans de coopération « fainéante », d’après une interview précédente. Pourquoi avoir mis autant de temps à sortir cet album ?
C’est tout l’intérêt du terme fainéant. On a tous les deux beaucoup de choses en parallèle. On ne s’est jamais mis de pression : ça s’est fait un petit peu par hasard. On a déjà mis trois bonnes années à se rendre compte que c’était un projet d’album : ce n’était pas l’objectif initial. Mais on n’a pas bossé cinq ans de rang : on a marqué des périodes de pause de plusieurs mois. On est toujours parti du principe que personne n’attendait cet album. On n’avait pas de deadline. Et, une fois l’album complet, tout s’est fait très vite entre le mix, le mastering et la venue de Dora Dorovich – un label très actif par le passé qui a été relancé récemment.

Un genre pas assez hip-hop pour s’appeler hip-hop, mais pas assez pas hip-hop pour ne pas s’appeler hip-hop. C’était un résultat que vous attendiez de cet album ?
Tous les deux, on a un style particulier qui nous colle à la peau. Mes productions sont aux antipodes du rap classique – tout est joué – et Swordplay a un flow loin d’être monocorde. Forcément, on a une esthétique qui sort du rap traditionnel. J’accorde une importance à la mélodie : j’essaie toujours de faire des choses belles plutôt que de faire quelque chose qui rentre dans le moule. Donc j’aime bien cette phrase : c’est une réalité. On est dans une tranche particulière : le rap alternatif, qui flirte avec des styles très variés. J’ai toujours été attiré par les mélanges depuis que je suis gamin. Je suis satisfait d’avoir cet objet que l’on ne sait pas trop où placer. Il y a une teinte sombre indiscutable compensée par le flow de Swordplay qui a un côté plus agressif, avec une énergie dans la voix. Les deux se balancent.

Et Swordplay, votre coéquipier musical : qu’est-ce qui vous a donné envie de collaborer avec lui plus qu’un autre ?
Je l’ai rencontré à l’époque de l’une de mes collaborations sur laquelle Swordplay avait participé. C’est par là qu’il a découvert ma musique et qu’il m’a proposé de bosser avec lui. Musicalement, il était dans le champ de tout ce que j’aimais. J’ai accroché à sa voix et son univers. Sans compter qu’il a vécu en France dans le passé et qu’il parle couramment français : la connexion s’est fait rapidement. On a réalisé un premier morceau qui s’est progressivement dirigé vers un album. Ce qui est génial, c’est que l’on est toujours sur la même longueur d’onde. On travaille à distance et je n’ai jamais été déçu par ce qu’il m’envoyait. Je pense que c’est réciproque.

Le fait de côtoyer un artiste qui a la réputation d’être un poète activiste, avec des textes qui tournent généralement autour du capitalisme, du déclin urbain et de la désillusion de masse, ça se passe comment ?
Concrètement, je lui fais confiance. J’adhère à ses textes, à ses propos, à ses idées, à sa manière de les décrire et de les exprimer. Je lui laisse le champ libre. Je n’irais pas travailler avec un artiste qui ferait passer des messages avec lesquels je suis en désaccord ou qui s’opposent à mes valeurs. La musique, c’est une sorte de mariage : on ne collabore pas avec un artiste avec qui l’on n’est pas en phase, de la même manière que l’on ne se marie pas avec quelqu’un que l’on n’aime pas. J’ai toujours été ébloui par ce qu’il fait : je trouve cela poétique, grâce à des textes très engagés abordés avec une certaine distance.

A titre personnel, vous ne vivez pas de la musique : vous avez un travail à côté. C’est un souhait ou une déception ?
Je me suis souvent posé la question de savoir si je n’arrêterais pas ce que je fais pour la musique. Mais j’ai un travail qui fonctionne bien en parallèle. Je fais de la musique le soir, je programme mes tournées sur mes vacances. Je n’ai jamais eu d’espérance inatteignable en musique. Je ne me suis jamais fait d’illusion : je n’ai jamais pété plus haut que mon cul et cherché le succès. Je passe beaucoup de temps pour la musique, mais je n’ai pas d’attente irréaliste. Chaque étape franchie est une belle surprise : c’est du bonheur à l’état pur. C’est une force : je n’ai pas de désillusion. Et ça me permet une liberté artistique plus forte : je n’ai jamais fait quelque chose qui me déplaise car je n’ai jamais travaillé dans l’optique d’en bouffer. Mais évidemment, quand je suis en répétition jusqu’à quatre heures du matin avec mon groupe, c’est un peu difficile. Je ne cache pas que j’aimerais faire de la musique à des heures plus normales. Mais je me considère chanceux de concilier les trois : travail, vie familiale et musique.

Dernière question. L’album est sorti récemment, en vinyle et en digital. Les prochains mois, on vous retrouvera sur scène ?
Swordplay a repris ses études donc on va faire une tournée française et européenne au mois de mars sur une période assez courte. On va préparer une tournée par la suite, en juin, sur la côte ouest des Etats-Unis qui se poursuivra sûrement par d’autres dates à l’automne.

Par Romain Le Berrigot

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